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Le feu de la Torah brûle face au Kotel
   Par Serge Golan,
  No 16 décembre 2009, 'Hanouka

Les institutions Aish HaTorah viennent d’inaugurer, face au Kotel, leur grand centre mondial. Ce splendide bâtiment dont la restauration a duré plusieurs années permet aux jeunes éloignés de la Torah de retrouver la "voie royale" et ce, dans des conditions de confort et de modernité exceptionnelles. A la mesure de l’ampleur des activités de Aish HaTorah dans le domaine du kirouv.
Du haut du bâtiment, la vue est impressionnante. A couper le souffle. Un panorama à 180° sur la Vieille ville de Jérusalem et le Mont des Oliviers, avec les montagnes jordaniennes en toile de fond. En face, le Mont du Temple n’a jamais paru aussi proche. Quant au Kotel, on peut en compter chaque pierre. S’il ne s’agissait que de sa terrasse surplombant l’esplanade du Kotel et dont on perçoit la rumeur, le nouveau centre mondial des institutions Aish HaTorah serait déjà remarquable.D’ailleurs, son inauguration officielle, la semaine dernière, a été l’occasion d’une grande cérémonie qui a réuni une cinquantaine des principaux donateurs, venus spécialement des Etats-Unis et du Canada, ainsi que le grand rabbin ashkénaze d’Israël, Yona Metzger.Mais cette incroyable terrasse n’est que la « cerise sur le gâteau ». Quinze ans de travaux et vingt millions de dollars ont, en effet, permis de transformer l’antique structure en un immeuble de huit étages d’un luxe et d’un niveau de finition rarement égalé dans le monde de la Torah. A l’extérieur, la façade formée par trois bâtiments mitoyens occupe 45 % de la limite ouest de l’esplanade. Bien que ravalée, elle se fond parfaitement dans le décor éternel de Jérusalem. Mais à l’intérieur, c’est l’Amérique ! Sol en marbre, encadrements en bois, mobilier flambant neuf, éclairage harmonieux : les architectes n’ont pas lésiné sur les moyens. Il se dégage de l’ensemble une impression de solidité, de tranquille assurance et d’ancrage au cœur du lieu le plus saint du monde juif qui suffit à témoigner de la réussite de Aish Hatorah. L’institution, créée en 1975 par le rav Noah Weiberg zatsal, a en effet révolutionné le monde du kirouv, en particulier en Amérique du Nord. Elle compte aujourd’hui une trentaine de centres et 3 millions de visiteurs se rendent chaque mois sur son site internet.« S’il ne s’agissait que de construire quelque chose de beau, cela aurait été un peu vain, concède le rav Daniel Schloss, le directeur financier des institutions. Mais nous voulons justement que chaque Juif qui visite cet immeuble, même s’il est éloigné de la Torah, comprenne qu’il peut lui aussi toucher la sainteté. Imaginez l’effet produit sur des jeunes touristes américains menacés par l’assimilation lorsqu’ils assistent à une kabalat Chabbat à quelques mètres du Kotel… ». Lui même est un pure produit du système Aish HaTorah : arrivé de son Pays-Bas natal, il y a 26 ans, armé de connaissances minimales en judaïsme, il y a découvert le limoud, est devenu rabbin et enseigne aujourd’hui, à Aish Hatorah, la hala'ha en plus de ses fonctions administratives.Autant dire qu’il a suivi pierre par pierre la réfection de l’immeuble entamée en 1995. C’est d’ailleurs lui qui dirige la visite guidée menée au pas de course. Huit étages au total, répartis sur 5 000 m2. Comme sur un ferry, l’activité y est permanente, depuis le « fond de cale », les deux niveaux souterrains où s’activent encore les ouvriers dans ce qui sera un jour un musée consacrée à l’histoire juive, en passant par l’auditorium ultra moderne qui porte le nom de son donateur, l’acteur américain Kirk Douglas. Puis le calme se fait à mesure que l’on progresse dans les étages. Ici, c’est l’immense salle de réception avec vue sur le Mont du Temple. Au dessus, ce sont les salles où étudieront les participants à l’un des nombreux programmes de découverte ou d’approfondissement du judaïsme organisés par Aish HaTorah. Mais est-il réaliste d’imaginer pouvoir se concentrer lorsque le regard est happé par le Kotel tout proche ? « C’est tout à fait naturel, confie le rav Schloss. Mais après quelques minutes, c’est une source d’inspiration : le cours de ‘houmach ou de hala’ha que vous entendez prend une profondeur supplémentaire ».Quand à l’entrée principale, qui donne de plein pied sur le quartier juif, elle occupe les deux derniers étages. Une sculpture monumentale en verre y est suspendue au plafond. Passant du jaune au bleu, elle symbolise le feu de la Torah (Aish HaTorah) inspiré par l’exemple de Rabbi Akiva, « père » des baalé techouva, et dont l’institution a fait son modèle.« Notre objectif est de faire connaître la Torah aux Juifs. Nous prenons les gens comme ils sont, sans les forcer à entrer dans un moule. Ils y viennent tout seul : nous leur montrons que les mitsvot ne sont pas un rituel mais un moyen de se réaliser pleinement et que l’on peut progresser à son rythme. Chez nous, ce n’est pas tout ou rien mais plutôt « enrich your life », explique le rav Daniel Schloss. Reste que Aish Torah est clairement un mouvement orthodoxe. Il suffit pour s’en convaincre de pénétrer dans le bâtiment mitoyen dont les 1 600 m2 abritent les 200 ba’hourim de la yéchiva et une trentaine de avre’him. Pantalons noirs, chemises blanches, kippot en velours : on pourrait aussi bien être à Bné Brak, sauf que la plupart de ces jeunes américains plongés dans leurs guemarot n’avaient encore, il y a peu, qu’une vague idée de la Torah et des mistvot. Notre guide devance d’ailleurs la question suivante : « Voyant leurs fils devenir religieux, certains parents nous accusent de faire du lavage de cerveau… ». Une pause, un sourire : « je dirais plutôt que nous faisons du nettoyage de cerveau pour le remettre en mode juif ».Très concrètement, c’est d’ailleurs exactement de cette manière que les travaux de rénovation du nouvel immeuble ont été menés. Il n’était en effet pas question de toucher aux structures de ce bâtiment qui s’élève face au Kotel depuis près de 1 000 ans. On y trouve même des vestiges de l’aqueduc long de 81 kilomètres qui amenait l’eau de Hévron jusqu’au deuxième Temple grâce à une inclinaison de un centimètre par kilomètre! Après des fortunes diverses, il avait finalement été racheté en 1880 par un riche marchand de tabac bulgare, Bechar Yeshaya, qui l’avait remis en état pour y installer une synagogue et une yéchiva. Mais le bâtiment original ne comportait que deux étages. Pas assez pour les projets de Aish HaTorah. Il a donc fallu creuser jusqu’aux fondations pour y construire six étages supplémentaires. Un travail de Titan qui ressemblait à un pari. Quinze ans plus tard, il est réussi !