25 Kislev 5778‎ | 13 décembre 2017

Archives Hamodia

La "gvoura" d'Aaron Karov
   Par Laly Derai,
  No 16 décembre 2009, 'Hanouka

Un an après l'opération « Plomb durci », l'histoire du rétablissement miraculeux du lieutenant Aaron Karov reste présente dans les esprits de nombreux Israéliens et de non moins nombreux juifs à travers le monde. Comparé aux Maccabim, qui savaient allier le message spirituel de la Torah au courage dans le combat, Aaron Karov est devenu un symbole. En effet, quelques heures après s'être marié, il était déjà au cœur de Gaza, à la tête de son peloton de parachutistes. Alors qu'il aurait dû célébrer ses Chiva Bera'hot, il est devenu le blessé le plus grièvement atteint de l'opération israélienne. Et alors que les médecins ne lui accordaient quasiment aucune chance de survie, il s'est peu à peu rétabli, a retrouvé sa jeune épouse et clame sa joie d'être en vie. A l'occasion de Hanouka, Hamodia revient sur la belle histoire d'Aaron Karov, celle d'une émouna à toute épreuve et celle d'un peuple juif merveilleusement solidaire de cet "hasmonéen" des temps modernes.
Jeudi 1er janvier 2009, 5 Tevet 5759. Il y a un an. Dans la salle à manger de la yéchiva de Karné Shomron, des centaines d'invités fêtent le mariage d'Aaron et de Tzvia Karov. La veille, Aaron, lieutenant dans la brigade des parachutistes, était encore aux abords de Gaza avec ses hommes pour les ultimes préparations avant le déclenchement imminent de la partie terrestre de l'opération « Plomb durci ». Douze heures plus tard, Aaron reçoit un coup de fil de son supérieur qui lui annonce que l'entrée des forces de l'infanterie dans Gaza aura lieu le lendemain. Aaron quitte alors sa jeune épouse et prend la route du Sud : « L'option de rester avec mes invités ne s'est pas posée. Je savais, et Tsvia le savait également, que je devais faire cette guerre. Parce que j'étais avec mes soldats depuis le début, parce que nous nous étions entraînés, pendant des mois en perspective de cette opération. Il était évident que je ne pouvais pas les laisser tomber ».Au cours des prochains jours, le lieutenant Aaron Karov sera à la tête de son peloton dans Gaza. Mais alors qu'il aurait dû fêter dans la joie ses Chiva Bera'hot, Aaron pénètre dans une maison totalement minée. La charge explosive est au plafond. Le second étage du bâtiment s'écrase sur Aaron qui est grièvement blessé. Lors du transfert en hélicoptère vers l'hôpital, l'infirmier de l'unité de sauvetage de l'armée de l'air 669, procède en pleine nuit à une trachéotomie. Jamais personne auparavant n'avait réalisé une telle opération en vol de nuit. Ce geste va sauver la vie d'Aaron. L'infirmier sera décoré cette semaine de la médaille de la bravoure pour son sauvetage.Toutefois lorsqu'Aaron arrive à l'hôpital, les médecins ne donnent pas cher de sa vie. Les officiers de Tsahal préviennent Tsvia et les parents d'Aaron qu'ils doivent venir au plus vite pour prendre congé de leur fils. Mais Aaron va se battre. Le visage labouré par les explosifs, avec plus de 450 éclats dans l'une de ses mains, il va déjouer les pronostics les plus pessimistes et lutter contre les statistiques qui prétendent que jamais un soldat n'a survécu à une telle blessure. Et pourtant, ni Tsvia ni les parents d'Aaron ne perdent un seul instant, l'espoir. Ils appellent tous les Israéliens et toutes les communautés à prier pour le rétablissement du jeune lieutenant et prient eux-mêmes avec une émouna inébranlable: « Je n'ai jamais douté » affirme Tsvia, un an plus tard. L'histoire du jeune lieutenant blessé quelques jours après son mariage fait le tour du monde juif qui se mobilise. Les célébrités se succèdent à son chevet. Ainsi, Avraham Fried vient lui chanter sa chanson préférée, le « nigoun des quatre strophes », qui l'avait accompagné sous la Houppa…Et le miracle se produit. Au bout de quelques semaines, Aaron sort du coma et demande à mettre les téfilines. Avec une étonnante détermination, il recommence à marcher, à parler et à sourire malgré son visage balafré. Les médecins assistent bouche bée à cet incroyable rétablissement. Moins de trois mois après, Aaron Karov apparaît en uniforme à la tête de son peloton, lors d'une cérémonie de remise de galons. L'histoire d'Aaron Karov entre dans la légende de Tsahal. Les Israéliens ne restent pas insensibles face à son histoire. Le rav Zeev Karov, son père, raconte dans un chiour public (voir encadré), les innombrables marques de sympathie et d'affection qu'Aaron et Tsvia ont reçu au cours de cette année : « Un jour, plusieurs mois après, nous sommes retournés à l'hôpital pour qu'Aaron subisse une opération à l'œil. En attendant notre tour, nous avons vu passer une jeune fille allongée sur une civière, le visage boursouflé. Lorsqu'elle a aperçu Aaron elle s'est redressé et lui a fait le salut militaire : ‘Je te salue, gibor’, lui a-t-elle dit. Une autre fois, une femme est venue d'Eilat à l'hôpital pour faire don de sa peau : ‘Aaron était prêt à donner sa vie pour la nation. C'est bien la moindre des choses que je puisse faire’, nous a-t-elle expliqué. Et puis, il y a eu ce couple de retraités d'origine russe qui est venu à l'hôpital dès les tous premiers jours. Alors que les médecins réservaient leur diagnostic, ils ont demandé à offrir un mois de leur retraite à Aaron "pour qu'il puisse profiter de cet argent lorsqu'il sera guéri". Comme s'ils avaient été "contaminé par la émouna d'Aaron", explique le rav Karov, qui révèle que des dizaines de communautés juive à travers le monde ont invité Aaron à venir passer quelques jours de repos à l'étranger, et qui n'en revient toujours pas de constater la mobilisation du Am Israël pour son fils.Un an plus tard, Aaron est un jeune homme heureux. Après des dizaines d'interventions, les chirurgiens ont réussi à redonner une forme humaine à son visage. Seul problème… il n'a pas de nez et respire à travers deux petites cavités: « Ce n'est pas grave, dit-il, je suis heureux comme je suis ». Et Tsvia l'accompagne comme elle l'a fait depuis le premier jour : « Sans elle, je n'y serais pas arrivé » avoue-t-il, tout sourire, tandis que Tsvia lui répond: « C'est en voyant sa force et sa détermination à vivre que j'ai pu tenir le choc ». Un an après , Aaron et Tsvia sont confiants, comme ils l'ont toujours été. Et aujourd'hui, ils veulent remercier les milliers de personnes qui se sont manifestés, qui ont prié: « Si je pouvais embrasser chacun de ceux qui se sont inquiétés pour moi, je le ferai. Je voudrais surtout remercier Hachem, qui est là, à chaque instant, et qui a toujours été à mes côtés, que ce soit lorsque nous étions sous la Houppa ou lorsque j'étais dans Gaza. Hachem qui ne m'a pas quitté, lorsque j'étais plongé dans le coma, lorsque je me suis réveillé et que j'ai commencé à marcher et qui est avec moi à chaque minute de ma vie », a déclaré cette semaine Aaron. L'enseignement du rav Zeev KarovLorsque l'on entend parler le rav Zeev Karov, on comprend d'où son fils Aaron a puisé sa émouna et sa détermination. Voici un extrait de ce que le rav Karov a récemment expliqué dans un chiour consacré à la notion de " gvoura ", d'héroïsme de son fils et à l'esprit de solidarité juive qu'il a déclenché dans la population: "…. Chaque matin, nous bénissions Hachem par ces mots : '' Ozer Israël Bigvoura '', '' qui ceint Israël d'héroïsme ''... Cette bénédiction, nous la disons au moment où nous mettons notre ceinture, qui représente la séparation entre le monde matériel, situé en bas, et le monde spirituel, qui est au-dessus. La gvoura, le véritable héroïsme, c'est de savoir mettre de côté tous les instincts naturels de l'homme, ceux qui le poussent à rester auprès de sa famille, à chercher son confort, à agir égoïstement, pour privilégier de manière absolue, le don de soi. C'est sacrifier son égo pour l'autre, pour l'ensemble du peuple juif. Pas un seul soldat n'est entré dans Gaza l'an dernier, sans renoncer totalement à son individualité et sans se mettre entièrement au service de la nation. C'est cela la gvoura…. Il en est de même pour la fameuse Maxime des Pères qui nous dit que le guibor est celui qui a su conquérir son yetser, son penchant. Ce yetser, il n'est pas forcément mauvais. Il peut s'agir de l'instinct de survie, l'instinct familial, l'instinct naturel. Mais être un guibor, être un héros, signifie se retenir, surmonter cet instinct naturel et le conquérir pour le soumettre à un idéal supérieur. Il est alors clair que dans le cas d'Aaron, le fait qu'il ait été prêt à partir combattre au lendemain de son mariage, qu'il ait été prêt à mettre de coté son bonheur familial naissant pour le klal Israël a été perçu comme un degré élevé de cette notion de gvoura et je pense que c'est ce qui a suscité tant de mobilisation et de prières de la part de tout un peuple ».