25 Kislev 5778‎ | 13 décembre 2017

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« Garder ses habitudes sans devenir 'un village gaulois' »
   Par Serge Golan,
  No 22 juillet 2009, Aliya

Eliahou Benloulou a fondé une synagogue à Bayit Vagan. Les olim de France y sont majoritaires, mais les Israéliens y viennent aussi, attirés qu'ils sont par la « french touch » religieuse. Il évoque ici cette riche expérience.
« Avant l’alya, il y a quatre ans, je me suis occupé pendant une trentaine d’années de la communauté de Savigny-sur-Orge dans la banlieue sud de Paris. C’est sûrement une question de 'personnalité', mais quelques mois après mon arrivée à Bayit Vagan, j’y ai créé une synagogue appelée 'Lev Avot Al banim'. C’est devenu une petite structure qui fonctionne grâce à un groupe d’amis. En plus des offices, nous avons en effet mis en place un Bet Hamidrach pour baalé batim, ainsi qu’un cycle de conférences hebdomadaires pour femmes.La synagogue est fréquentée à 65 % par des gens qui sont montés de France ces dernières années. Le reste, ce sont en fait des Israéliens du quartier. Il faut savoir qu'en Israël, les gens sont habitués à un judaïsme « de proximité ». En général, ils vont donc à côté de chez eux… Et à Bayit Vagan, il n’y a que l’embarras du choix ! Et puis, les gens fonctionnent souvent comme des 'électrons libres' : selon l’heure, le jour ou l’humeur, ils vont prier dans telle ou telle synagogue… Il y a beaucoup moins cette notion d’attachement à une communauté que l'on rencontre souvent en France ou en diaspora. D’un certain côté, c’est très pratique et au début, ça provoque un grand sentiment de liberté… Mais au bout d’un moment, on sent tout de même le besoin de se fixer.Au contraire, les francophones sont prêts à venir d’un peu plus loin pour retrouver l’ambiance dans laquelle ils ont grandi. Chez nous par exemple, la prière est un peu plus longue parce qu’elle est plus chantée et plus rythmée. On prend le temps pour chaque partie des prières, notamment afin de faire monter tous ceux qui veulent à la Torah ou d’organiser un vrai kiddouch après l'office. Ce sont des choses qui ne sont pas forcement dans les habitudes israéliennes les plus classiques où les offices sont souvent très, voire trop rapides.Ce n’est pas pour autant que l’on veut se transformer ici en « village gaulois » ! Par exemple, toutes les interventions, les divré Torah et les cours sont en hébreu. C’est le minimum pour contribuer à une bonne intégration au pays !Il y a un équilibre à trouver : savoir se fondre dans le paysage, tout en gardant ses spécificités... C’est naturel de tenir à ses habitudes ! Et il n’y a pas de raison de faire de complexes à se sentir bien avec des gens qui nous ressemblent dans un moment aussi important que la prière. Plus on passe du temps en Israël, plus on se rend compte que c’est là une véritable richesse ! ».