25 Kislev 5778‎ | 13 décembre 2017

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L’alya orthodoxe à Jérusalem
   Par Laly Derai,
  No 22 juillet 2009, Aliya

Jérusalem a toujours été une destination de choix pour de nombreux nouveaux immigrants venus des pays occidentaux. Mais au cours des dernières années, on constate un véritable engouement pour la capitale auprès des milliers d'olim qui sont montés de France en Israël, et en particulier auprès des olim religieux et orthodoxes qui en venant s'installer à Jérusalem, aspirent à s'imprégner de la kédoucha qui enveloppe la ville. Alors que quelque deux cents olim de France arrivent, cette semaine en Israël, Hamodia a choisi de se pencher sur cette alya orthodoxe si spécifique à la communauté francophone, en insistant sur trois paramètres incontournables : l'intégration, l'éducation et l'emploi.
Le bureau d'Emmanuel Schieber et de David Ouaki au ministère de l'Intégration semble ne jamais désemplir : toutes les quelques minutes, un nouvel immigrant frappe à la porte, l'entrouvre et demande à Emmanuel, un énième renseignement ou un énième service. Ces olim - on pourrait même dire ses olim - Emmanuel connaît leur histoire sur le bout des doigts : il sait ce qui les a motivés à monter, il sait combien d'enfants ils ont, leur âge, leur condition financière, leur aspirations religieuses. Il connaît leurs déboires et leurs succès, leurs rêves mais aussi la réalité. Pourtant, infatigable, il adresse à chacun d'eux, d'abord un grand sourire réconfortant, mais aussi une immense palette de conseils, de solutions, et d'alternatives. Et pour cause : Emmanuel, qui est ingénieur de formation est aujourd'hui le coordinateur responsable du projet d'alya de groupe mis en place par le ministère israélien de l'intégration : « Le concept d'alya de groupe est une véritable révolution qui permet de fournir aux olim le meilleur service possible, sur tous les plans : éducation, parnassa, intégration... À Jérusalem, nous avons obtenu des résultats extraordinaires à tous les niveaux avec les olim qui ont opté pour l’alya communautaire », affirme-t-il. Il est vrai que dans ce domaine, comme dans d'autres, l'union fait la force… et également toute la différence. L'alya de groupe et ses avantagesL'alya de groupe offre aux candidats à l’alya une multitude d'avantages qui ont pu être expérimentés ces dernières années. Il y a d'abord l'apport incontournable du coordinateur nommé par le ministère de l'Intégration qui accorde à chaque olim toute l'aide nécessaire pour faire ses premiers pas en Israël. L'alya de groupe propose également aux nouveaux immigrants un bonus de 200 heures d'oulpan qui se rajoutent aux 500 heures traditionnellement accordés à un olé " individuel ". Le fait même que les olim arrivent en groupe est source de force et de cohésion : souvent ils surmontent, ensemble, les difficultés de l’alya, partagent les joies et les appréhensions des autres et se renforcent mutuellement. Outre ces atouts généraux, la municipalité de Jérusalem offre à ces olim quelques privilèges non négligeables. Ainsi les olim orthodoxes qui ont choisi le programme d'alya '' clé en mains '' peuvent bénéficier d'un oulpan d'hébreu pour jeunes filles :« Il y a encore quelques années, avant l'ère de l'alya communautaire, les olim orthodoxes de France n'étaient que rarement acceptés dans les structures éducatives 'harédi israéliennes et s'ils l'étaient, c'était au terme d'âpres efforts », rappelle Emmanuel Schieber, avant de citer fièrement l'extraordinaire succès de l'oulpan pour jeunes filles orthodoxes du bet Yaakov de Guivat Chaoul, dirigé par ‘Haguit Klein, supervisé par le département de l'éducation 'harédi et chapeauté par la directrice du bet Yaakov, la rabbanith Eliachiv, belle-fille du rav Yossef Chalom Eliachiv Chlita : « Nous avons été très heureux d'accueillir cet oulpan, nous confie la rabbanith Eliachiv. Tout d'abord parce que c'est un acte de 'Hessed : ces jeunes filles n'arrivaient pas à trouver de structure où étudier l'hébreu et nous avons pu leur donner l'opportunité de le faire dans un cadre orthodoxe. J'ai pu voir, durant les années pendant lesquelles j'ai enseigné à des jeunes filles venues de France, combien la maîtrise de l'hébreu leur manquait. Elles n'avaient pu étudier dans les oulpan officiels, puisque ceux-ci étaient mixtes. D'un autre côté, aucune structure orthodoxe n'avait accepté de les accueillir. Leur offrir d'étudier l'après-midi dans notre établissement, après y avoir déjeuné, me semblait le plus élémentaire des 'hessed. Sans compter le fait qu'il s'agit de jeunes filles de qualité, qui correspondant aux critères du bet Yaakov, puisqu'elles sont quasiment toutes issues des bet Yaakov de Jérusalem ». ‘Haguit Klein explique que les jeunes filles ont droit à un car de ramassage scolaire qui les conduit jusqu'à Guivat Chaoul où elles reçoivent un repas chaud avant de commencer à étudier : « Notre oulpan fonctionne deux fois par semaine pour trois heures à chaque fois ». Parmi les autres avantages dispensés au public orthodoxe, on peut citer les cours d'hébreu pour les élèves des Talmud Torah, dispensés par le rav Daniel Antebi : " Plusieurs fois durant l'été, peu après l'arrivée des familles en Israël, nous faisons fonctionner un centre d'inscription scolaire dans les bureaux de la mairie de Jérusalem. Là-bas, les olim sont accueillis par des volontaires francophones et des référents qui comprennent les besoins des olim au niveau éducatif et travaillent en étroite collaboration avec les coordinateurs d'alya », explique Emmanuel Schieber qui souligne que la coopération entre le ministère de l'Intégration et la municipalité de Jérusalem est on ne peut plus active. Gershon Binet, directeur-adjoint du département de l'éducation orthodoxe à la mairie de Jérusalem le confirme : « Grâce à ce travail d'équipe, nous avons réussi à nous assurer que les enfants olim seraient intégrés dans des structures qui correspondent à leur niveau et à éviter les écueils lors du choix des écoles et de l'inscription ». L'exemple de Bayit VéganLe quartier de Bayit Végan compte plusieurs communautés francophones qui rassemblent des centaines de famille. Souvent, il s'agit d'olim plus ou moins récemment installés. Grâce au projet d'alya de groupe, les olim ont droit à une coordinatrice qui se consacre entièrement à eux. Orly Afflalo, est fonctionnaire du département de l'intégration au sein de la municipalité de Jérusalem et du centre communautaire Youvalim. Elle a ainsi mis en place un centre de soutien scolaire qui fait des merveilles parmi les enfants nouveaux immigrants : « Trois fois par semaine, les enfants se réunissent pour des cours d'enregistrement du langage, une aide pour les devoirs ainsi que plusieurs activités extrascolaires », explique Orly. Pour les adultes, Orly est l'adresse vers laquelle il faut se tourner pour toute aide administrative ou sociale : « Je suis là pour aider les olim à remplir des documents et comprendre les méandres de la bureaucratie israélienne. Mais nous organisons également des cours de Torah et des conférences, ainsi que des activités culturelles en français... »Emmanuel Schieber est catégorique : le ministère de l'Intégration a parfaitement compris qu'il lui fallait changer d'approche lorsqu'on parlait de nouveaux immigrants en provenance de France et d'autres pays occidentaux : « Pour ces olim, nous avons changé totalement de politique : si auparavant, les concepts d'alya et d'intégration étaient deux concepts distincts, ils ne font désormais plus qu'un, avec un coordinateur qui se charge de faire le lien entre les deux. Ce changement porte ses fruits puisque nous ne constatons plus '' que '' 3 % de retour vers le pays d'origine. Désormais, le olé est comparable à un client que nous souhaitons prendre en charge de la meilleure manière qu'il soit. Il peut bénéficier des meilleurs services et des meilleures prestations. Pour nous, le olé est roi ! Jérusalem est au centre de cette révolution et j'invite tous ceux qui songent à s'y installer à en profiter... », affirme Emmanuel sans masquer son aspiration de voir ces olim profiter de ces services sur la voie d'une parfaite intégration. Encadré :L'orientation scolaire : une décision crucialeDe nombreuses familles orthodoxes ont choisi de s'installer à Jérusalem afin de bénéficier des multiples options éducatives offertes par la capitale telles que les yéchivot et séminaires de haut niveau capables de faire progresser leurs enfants dans le chemin de la Torah. Et pourtant, ces mêmes familles font souvent face à de sérieux problèmes lorsque le moment est venu de choisir l'encadrement pédagogique de leurs enfants. Les avis divergent, certes, en fonction des spécialistes interrogés, mais il est un point sur lequel ils sont unanimes : s'il y a des points communs entre les publics orthodoxes français et israélien, il reste encore une très nette différence. Et une famille qui souhaite faire son alya doit prendre en compte ces différences lorsque le moment sera venu de choisir l'approche éducative dont il faudra imprégner les enfants. Orly Afflalo cite la principale distinction : « En France, chez les garçons, dans le même établissement orthodoxe, on enseigne et le kodech et les matières profanes. C'est ce que les familles désirent, c'est leur conception de l'éducation. Mais en Israël, tout est centré sur la mission de l'homme juif sur terre : l'étude de la Torah. De ce fait, les études profanes ne sauraient être intégrées à l'intérieur du cadre éducatif »…. Pour ‘Haguit Klein, chaque olé doit absolument se faire épauler par des responsables tel qu'Emmanuel Schieber : « Une famille orthodoxe doit envoyer son enfant dans une école orthodoxe. Mais encore faut-il que cette famille soit orthodoxe au sens où l'entend l'école. Dans le cas contraire, cette situation peut créer des conflits, pouvant même aller jusqu'à éloigner l'enfant du chemin de la Torah. Il faut prendre conseil auprès de spécialistes et je pense qu'Emmanuel Schieber est la meilleure adresse pour les olim, car il connaît tous les tenants et aboutissants », affirme ‘Haguit. D'un autre côté, Léa Marciano, une ancienne immigrante francophone très souvent sollicitée par des candidats orthodoxes à l'alya pour ses conseils judicieux concernant le choix des structures éducatives, met en garde : « Il ne faut pas tomber dans l'extrémité qui consisterait à inscrire son enfant dans une école d'un niveau de kodesh moins élevé, dans le seul but de lui rendre - et en même temps de nous rendre - la vie plus facile ». Selon elle, en effet, « le système éducatif israélien est tellement compartimenté qu'il est extrêmement difficile de faire changer son enfant de voie au milieu de parcours ». Pour sa part, Emmanuel Schieber soutient également qu'un mauvais choix dans l'orientation scolaire peut entraîner des erreurs majeures qui seront souvent difficilement réparables.Le système éducatif religieux et orthodoxeÀ Jérusalem, et dans le reste du pays, les familles religieuses et orthodoxes peuvent choisir entre plusieurs types d'écoles primaires et secondaires pour leurs enfants. Le premier système et d'obédience sioniste-religieux (memla'hti dati), et il est régi par un département spécial du ministère de l'Éducation, le 'Hemed, qui possède son propre réseau d'enseignants et d'inspecteurs. À l'intérieur du 'Hemed, le choix est vaste et va des écoles mixtes aux écoles torani-sionistes. Ces écoles préparent en général au baccalauréat, soit dans le cadre de lycées religieux séparés, soit dans celui de lycées-yéchivot (pour les garçons) ou d'oulpenot (pour les filles). Le second système est '' moukar '' (reconnu). Il comprend les écoles privées de toutes obédiences. Parmi les écoles orthodoxes, on distingue deux cursus : le système orthodoxe 'harédi et le système orthodoxe torani. En ce qui concerne les garçons, le système 'harédi israélien aspire à ce que l'étude de la Torah constitue leur principale activité et qu'ils accèdent à des études de kodech du plus haut niveau. Les écoles primaires vont jusqu'à la 4e et préparent à la yéchiva ktana (14-17 ans). Puis, selon leur niveau, les enfants intègrent les " yéchivot gdolot ", qui leur conviennent. Concernant les filles intégrées dans le système orthodoxe ‘harédi, le réseau du bet Yaakov, qui comprend le primaire, le secondaire et le séminaire (de la Kita Aleph à la Kita Youd Daleth) est le plus connu. Il ne prépare pas au baccalauréat mais à un examen de niveau équivalent. Il existe également plusieurs établissements et séminaires pour jeunes filles orthodoxes, préparant au bac israélien, et fréquentés principalement par des jeunes filles venues de l'étranger. Le système orthodoxe torani, quant à lui, a été créé à l'origine pour des familles non-orthodoxes mais toutefois désireuses de donner à leurs enfants un enseignement juif plus intensif. Il a attiré de nombreux olim venus de l'ex-URSS et, ces dernières années, quelques immigrants francophones. Le niveau de ces écoles diffère beaucoup en fonction de l'établissement puisque, étant souvent entièrement privées, ces écoles ne sont pas soumises à des inspections régulières.« L'alya est une montée spirituelle et c'est ainsi qu'il faut la considérer. Il est donc impensable que notre enfant obtienne des résultats spirituels moins élevés en Israël qu'en France. Je crois dur comme fer que si on prend la bonne décision concernant l'orientation scolaire de l'enfant, c'est toute sa vie qui s'en trouvera transformée », conclut Léa Marciano