25 Kislev 5778‎ | 13 décembre 2017

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Des menaces islamistes tous azimuts en Afrique
   Par Richard Darmon,
  No 18 juillet 2012, Afrique

Qu’il s’agisse des actions incessantes d’Al Qaïda - le groupe AQIM - dans tout le Maghreb islamique, de celles d’Al-Shabab en Somalie, ou des milices de Boko Haram au Nigéria, sans parler du noyautage sans cesse grandissant de la sécession Touareg au nord du Mali par le groupe prosalafiste Ansar-Dine, de nombreuses régions de l’Afrique subsaharienne, de l’Afrique centrale et de la Corne de l’Afrique sont en train de passer sous influence islamiste. Avec tous les dangers et menaces que cela risque d’entraîner face aux grands États maghrébins du nord très affaiblis par les retombées du « printemps arabe »…

Prenant la parole voilà un mois lors d’un séminaire organisé à Washington par le Centre des Études stratégiques sur l’Afrique, le général américain Carter Ham devait lancer un solennel avertissement aux dirigeants occidentaux en démontrant combien la stabilité du cœur du continent africain était désormais remise en cause : « Ce qui m’inquiète tout particulièrement, a-t-il dit, c’est que trois organisations islamistes très influentes - AQIM, Al-Shabab et Boko Haram - sont en train de coordonner et de synchroniser en Afrique leurs efforts de développement et d’implantation dans plusieurs pays simultanément. Un fait incontournable qui pose un réel problème pour la sécurité de l’Afrique en général et pour les États-Unis – qui aident au plan militaire une cinquantaine d’États de ce continent ! »Les réseaux Al Qaïda agissent du Golfe Persique aux pourtours du Sahara, et jusqu’au MaliNon contents de tout récent regain de leurs actions terroristes en Éthiopie ainsi qu’autour du Golfe Persique - notamment au Yémen et à Oman où plusieurs attentats meurtriers se sont succédé en juin dernier -, les réseaux d’Al Qaïda s’activent de plus en plus au Maghreb, où le groupe le plus ancien et le mieux implanté, AQIM, s’est formé au milieu des années 1990 en pleine guerre civile algérienne après sa tentative ratée de prise du pouvoir à Alger. L’objectif central d’AQIM : répandre la « révolution islamique » intégriste et le terrorisme dans les pays du pourtour saharien en essaimant un peu partout « combattants » et prêcheurs de l’islam radical. Le tout en s’autofinançant par les kidnappings d’étrangers et les trafics d’armes et de drogues. C’est justement ce groupe qui comme une hydre à mille têtes, est responsable de la série de tentatives d’attaques, d’enlèvements et d’attentats meurtriers intervenus ces dernières années aussi bien au Maroc et en Maurétanie qu’au Tchad et au Niger.De la même manière, c’est d’ailleurs une filiale locale des groupes d’AQIM, appelée Ansar-Dine, qui est en train d’islamiser la sécession d’un million de Touaregs au nord du Mali en tentant d’en ravir de force le leadership au Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA), un courant beaucoup plus laïc et européanisé (voir notre encadré sur la situation dangereuse prévalant au Mali). Le Nigéria lui aussi déstabilisé…Fondé en 2001, le groupe islamiste Boko Haram s’est donné comme objectif principal de diffuser et renforcer la Charia - la loi coranique - partout au Nigéria, où ses groupes armés commettent presque chaque semaine des attentats à la bombe et à l’arme automatique contre des églises en déstabilisant de plus en plus le pouvoir encore aux mains du président Goodluck Jonathan. Or, différentes sources ont apporté la preuve que Boko Haram, lui aussi idéologiquement lié aux réseaux Al-Qaïda sévissant plus au nord de l’Afrique, a reçu des fonds et des instructeurs de AQIM avant de faire monter d’un cran sa propre rébellion contre les institutions centrales nigériennes…La Somalie minée par Al-Shabab !Ayant émergé des flammes de la longue guerre civile qui a embrasé la Somalie au milieu des années 1990 sous le nom d’« Union des Cours islamiques », le groupe armé Al-Shabab, apparu en tant que tel depuis 2006, n’a cessé d’encourager les rebelles islamistes le long de la frontière avec l’Éthiopie lors de son conflit ouvert contre la Somalie. Le tout, en lançant de nombreuses attaques contre des États africains voisins comme l’Ouganda (en 2010), et surtout en imposant la Charia en Somalie de la manière forte - notamment par des exécutions publiques de plusieurs femmes accusées d’« espionnage »… On se souvient ainsi que le 20 juin dernier, la police pakistanaise a arrêté un Français d’origine algérienne, Naaman Méziche, qui avait personnellement connu Mohammed Atta - l’un des auteurs des attentats du 11 septembre 2011 aux USA - et qui était passé par le Pakistan pour se rendre ensuite au Yémen et en Somalie…Vers un second Afghanistan au Mali ? La déstabilisation du Mali a commencé à s’accélérer fin 2011 juste après la mort du colonel libyen Mouammar Kadhafi, lorsque des centaines de miliciens Touaregs qui constituaient sa garde prétorienne - ils le considéraient en effet de tout temps comme leur leader « naturel » - ont quitté la Libye à feu et à sang pour rentrer chez eux dans la région de l’Azawad, hyper-armés et formés aux techniques des combats sanglants et rapprochés qui s’étaient multipliés en Libye…Arrivés sur place, une partie d’entre eux ont voulu renforcer les rangs des sécessionnistes - eux aussi en armes - du Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA) déjà en lutte pour arracher l’autonomie du million de Touaregs vivant au nord du Mali (sur une population totale de 15 millions de Maliens). C’est alors qu’est apparue dans la région de l’Azawad une nouvelle tête de la grande « hydre » Al-Qaïda en centre Afrique : l’Ansar-Dine, une organisation à l’idéologie islamiste enflammée, quasi salafiste (dirigée par le diplomate et chef de guerre, Ag Ghali), et en tous cas directement financée et armée par AQIM, la grande fédération des mouvements d’Al Qaïda au Maghreb et au Sud-Sahara. Dans un premier temps, malgré toutes leurs différences linguistiques, culturelles et religieuses, le MNLA et Ansar-Dine ont passé un accord de coopération pour un combat commun en vue de l’indépendance touareg et ont mis sur pied, dans ce but, le « Conseil de Transition de l’État de l’Azawad ». Mais, dans la plus pure tradition islamique combattante rappelant les premiers temps des guerres de Mahomet contre ses propres alliés dans la péninsule arabique, ce pacte d’armistice provisoire (tadiya) a volé en éclat lorsque Ansar-Dine a délibérément attaqué, fin juin dernier, des villes et des bases aux mains de ce qu’elle considérait comme les « renégats » du MLNA - dont celles de Gao et de Tombouctou -, en tuant plusieurs chefs du MNLA et en tentant d’islamiser de force leur population…Un coup de force islamique qui déstabilise encore plus le Mali et qui risque fort de faire du nord de ce pays un nouvel Afghanistan !