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La décadence grecque : prototype de la chute irréductible des « empires »
   Par Richard Darmon,
  No 14 décembre 2011, 'Hanouka

Alors qu’ils polémiquent pour savoir quand aurait commencé la fameuse civilisation grecque antique, les historiens s’accordent tous pour faire remonter sa chute et son irréductible décadence à la mort - en 323 avant l’ère commune - de l’empereur Alexandre le Grand, à l’époque où il était à la tête d’un immense empire allant du bassin méditerranéen à la lointaine Asie. Sombrant dans les siècles suivants sous les dominations romaine, barbare, byzantine, arabe puis turque, cette haute civilisation de l’Antiquité, qui a tant influencé la pensée et l’esthétique européennes, comme toute la conception occidentale du politique, n’a en rien survécu aux avatars et secousses de la Grèce moderne. Et ce, jusqu’à nos jours…

Il existe deux écoles d’historiens pour dater le début de la Grèce antique et l’émergence de ce qui deviendra une « forme de civilisation dominante » s’étendant non seulement à la péninsule de la Grèce actuelle, mais aussi aux lieux de culture hellénique où les anciens Grecs s’établirent peu à peu, à savoir : Chypre, les îles de la mer Égée, la côte égéenne de l’Anatolie (future Ionie), la Sicile et le sud de l’Italie, ainsi que les colonies grecques éparpillées sur les côtes d’Illyrie, de Thrace, d’Égypte, de Cyrénaïque, du sud de la Gaule, de l’est et du nord-est de l’Espagne, de l’Ibérie du Caucase et de la Tauride.En effet, lui adjoignant les « siècles obscurs » des pré-civilisations crétoise et mycénienne, certains font démarrer son histoire vers 1 500 ans avant l’ère commune - ce qui lui donnerait une durée totale de vie d’un millier d’années -, alors que d’autres ne situent son début qu’en 776, date des premiers Jeux olympiques : une thèse qui réduit l’histoire grecque à 450 seulement, à savoir jusqu’à la chute d’Alexandre le Grand et l’avènement de la suprématie romaine.Après de nombreux conflits sociaux et politiques liés à l’émiettement géographique de sa population et aux conceptions politico-philosophiques qui la divisaient (voir la fameuse opposition entre les grandes républiques autonomes d’Athènes et de Sparte qui déboucha sur les guerres médiques, puis sur la guerre du Péloponnèse et même sur un véritable conflit armé remporté par Sparte qui mit fin à la suprématie d’Athènes), après l’émergence ultérieure de Thèbes puis de la Macédoine, commencent les vertigineuses conquêtes d’Alexandre le Grand qui défait en 33 le roi perse, Darius III : la route s’ouvre alors pour lui vers la Syrie, la Phénicie et l’Égypte. Sans compter aussi l’Afghanistan et le Pakistan jusqu’à la vallée de l’Indus et même le Pendjab. D’ailleurs, Alexandre aurait pu aller encore plus loin et descendre la vallée du Gange jusqu’au Bengale si son armée, persuadée d’être enfin arrivée au « bout du monde », n’avait refusé d’aller plus loin…Or, la mort d’Alexandre en 323 à Babylone et la reprise de terribles luttes intestines dans la métropole grecque allaient précipiter la fin de son empire, alors qu’émergeaient déjà tout autour de la Méditerranée les prémices du grand Empire romain : une nouvelle forme de civilisation qui, tout en ayant au départ beaucoup emprunté à la Grèce antique, forgea au cours des siècles un nouveau type de pensée politique et un autre modèle de conquêtes coloniales. Des dominations successives depuis le Moyen-âge… jusqu’à l’ère moderneÀ la fin de la domination romaine, la Grèce était déjà en plein déclin. De 395 à 398 de l’ère commune, elle fut dévastée par Alaric, roi des Wisigoths. Puis, lors du partage de l'Empire romain, elle fut incorporée dans l'empire d'Orient. Les Slaves la ravagèrent dans des invasions successives (du milieu du VIe siècle au milieu du IXe) et finirent par se fondre eux-mêmes dans la population du pays. Aux IXe et Xe siècles, la Grèce repoussa les invasions des Arabes, et celles des Bulgares aux Xe et XIe siècles. Mais elle ne put résister à celles des Normands de la Sicile perpétrées aux XIe et XIIe siècles. Après la prise de Constantinople par les Latins en 1204, la Grèce, conquise alors par les Croisés, fut partagée en plusieurs fiefs relevant du royaume de Thessalonique fondé par Boniface, marquis de Montferrat, et de l'Empire latin de Constantinople. Les grandes principautés parmi ces fiefs furent le despotat d'Épire, le duché d'Athènes et la principauté d'Achaïe. Les Vénitiens s'emparèrent en même temps de diverses places du littoral et d'une partie des îles de l'Archipel. Formellement rétabli à Constantinople en 1261, l’empire grec replaça sous son sceptre la majeure partie de la Grèce, et ce, de la fin du XIIIe au milieu du XIVe siècle. Devenus maîtres de Constantinople en 1453 en élargissant l’Empire ottoman, les Turcs prirent Athènes en 1456 et placèrent sous leur domination (au cours du XVe siècle) la Grèce tout entière, à l'exception de quelques forteresses tenues par les Vénitiens - notamment à Chypre - qui furent forcés à leur tour de les leur abandonner en 1573.Les Turcs maintinrent leur totale domination sur la Grèce qui fut incluse, quelque trois siècles durant, au sein du vaste Empire ottoman… Et ce, jusqu’à l’indépendance grecque moderne proclamée en janvier 1822 à la première Assemblée nationale constituante réunie à Epidaure après un bref, mais violent soulèvement antiturc lié au mouvement général de protestation des nationalismes européens qui secouait alors tout le Vieux-Continent. Or, les puissances qui avaient jusque-là apporté leur aide à la Grèce dans la lutte pour son indépendance (France, Royaume-Uni et Russie) tenaient à retirer des bénéfices de leur intervention, si bien que la vie politique et économique grecque passa très vite sous le contrôle de ces États qui s'autoproclamèrent « Puissances protectrices ». L’une de leurs premières décisions prises à la fin du 19e siècle fut de refuser aux Grecs le libre choix de leur régime et de leur chef d'État ! Ainsi, alors que la 3e Assemblée Nationale réunie à Trézène avait opté pour une République dirigée par Ioannis Capodistria, ces Puissances protectrices imposèrent la monarchie et le second fils du roi de Bavière Louis Ier, Othon, comme souverain…Commença alors l’époque fort agitée de la monarchie grecque et de la « longue marche » des citoyens de ce pays - poursuivie pendant le chaotique XXe siècle - vers un régime réellement démocratique. Lequel ne fut véritablement instauré qu’avec la fin de la sinistre époque des colonels et des gouvernements militaires fascisants qui se sont succédé au pouvoir à Athènes de 1967 jusqu’en 1974. Entrée en dans l’Union européenne 1981, la Grèce, qui crut dans le mirage d’une certaine prospérité, commença alors à s’endetter…« L’Empire grec », selon le Maharal de PragueLe Troisième empire [après ceux de Babylone et de Perse, et avant celui de Rome-Ndlr], Daniel le vit semblable à une panthère, car il correspond à une troisième faculté de l’homme : l’intellect. Cet empire se caractérise par la recherche du savoir et de la raison, comme le prouve l’histoire de la Grèce. C’est sur ce point précisément qu’il fut amené à s’intéresser à la Torah afin de la supprimer comme source de la culture d’Israël. Il se rendait compte que cette sagesse était de valeur supérieure au savoir purement humain dont il disposait. (…) Le Troisième Empire était d’airain [Daniel, 2, 32], car il était audacieux et prompt à s’élancer à la conquête de terres lointaines. Dur et fort comme l’airain, il se présente comme une panthère, audacieuse (…) Alors que le Second Empire recherchait la destruction d’Israël et voulait anéantir sa force physique et le priver des biens matériels de ce monde, la Grèce voulait seulement ravir à Israël la Torah spirituelle. Daniel la représente sous la forme d’une audacieuse panthère, car (…) c’est avec arrogance qu’elle s’opposa à Israël, lui refusant de conserver ses traditions, comme le font ces violents qui ne supportent pas la différence d’autrui. (…) La panthère vue par Daniel avait quatre ailes d’oiseau, pour montrer que la Grèce s’était lancée à la conquête du monde, emportée par son audace. (…) Alexandre le Grand, principal représentant de cet empire, conçut le projet inouï d’étendre sa domination sur le monde entier. Les quatre ailes d’oiseau sur le dos de la panthère sont le signe de cette volonté d’extension et d’élévation aux quatre points cardinaux, affirmation arrogante de son désir de subjuguer les opposants, de les soumettre, et dans ce but prêt à poursuivre sa lancée jusqu’aux confins de la terre.Ner-Mitsva – Commentaires du Maharal de Prague sur la vision du prophète Daniel (concernant les quatre Empires qui domineront le monde jusqu’à l’avènement du « Royaume d’Israël »). La Grèce, victime d’une Union européenneentrée elle aussi en décadence ?Le voile s’est levé voilà quelques mois en révélant les nombreuses erreurs de gestion de la Grèce : résultats économiques manipulés, corruption tous azimuts, énorme dette publique grevant le budget de l’État. Or les mesures prises par l’UE et l’incompétence notoire des dirigeants grecs imposèrent un gouffre financier impossible à assumer pour ce petit pays super endetté… Résultats : en 2011, la Grèce a coulé, assommée par ces sanctions et de lourds prêts avec intérêts consentis par l’UE. Ce qui provoque la paupérisation de ses habitants : gel des retraites et recul de l’âge de départ, hausse des prix du tabac, de l’essence et de l’alcool, gel des salaires des fonctionnaires, suppression des primes et nouvelles taxes sur les PME. Or la Grèce est aussi submergée par une énorme vague d’immigration illégale qu’elle ne peut plus endiguer : refoulés des frontières italiennes et espagnoles, les émigrants d’Afghanistan, du Maghreb, d’Irak, de Somalie, de Côte-d’Ivoire et du Maghreb ont trouvé dans la frontière gréco-turque un nouveau moyen d’atteindre le pseudo paradis européen. Résultats : plus de 75 % de l’immigration illégale de l’espace Schengen passe par la Grèce, où des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées en 2011. Ces réfugiés économiques sont parqués dans des centres de détention grecs : « Des lieux bondés, inadaptés et misérables qui font, selon l’ONU, stagner tous ces gens dans des conditions et avec une hygiène indescriptible ». Bien que 2e bénéficiaire des fonds européens pour la lutte contre l’immigration illégale, la Grèce ne parvient toujours pas à s’en sortir…Mais comme le titrait le journal Le Monde le 8 décembre dernier - jour du « sommet de sauvetage monétaire » de l’UE tenu à Bruxelles entre la France, l’Allemagne et l’Italie -, « la fin de l’euro n’est plus inconcevable » : « En effet, expliquait ainsi le quotidien français, l'éclatement de la zone euro, sa scission en deux parties ou l'exclusion d'une poignée de ses membres font désormais partie des scénarios d'économie-fiction… ».