25 Kislev 5778‎ | 13 décembre 2017

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La crise économique a-t-elle des conséquences sur l’alya ?
   Par Serge Golan,
  No 11 mars 2009, Aliya

Face aux effets de plus ne plus tangibles de la crise économique et surtout aux omniprésentes réductions des budgets, les professionnels de l’alya réduisent la voilure et espèrent pouvoir garder la barre… Ainsi les dirigeants de AMI comptent-ils sur la souplesse de leur association pour surmonter les difficultés qui s'annoncent.
AMI est un avant-poste et une "vigie" depuis laquelle on peut observer les conséquences de la crise économique sur le flux de Juifs de France montant en Israël. Sauf que pour l’instant, cet acteur incontournable de l’alya de France ne voit rien venir : « Il est encore trop tôt pour dresser un bilan. Traditionnellement, les départs ont lieu durant l’été. D’ici quelques semaines, lorsque tous les dossiers des futurs olim auront été bouclés, nous en saurons donc plus, explique Avi Zana, le directeur général de l’association. Mais pour l’instant rien n’indique une baisse par rapport à l’an dernier ». Après la grande vague du milieu des années 2000 au cours de laquelle près de 3000 Juifs ont choisi de quitter la France chaque année, l’alya a retrouvé en 2008 un rythme « de croisière » se situant autour des 1800 départs annuels.Cette baisse de 30 % en un année - a conduit AMI à repositionner son activité. Une obligation de tout façon imposée par la conjoncture puisque l’association créée par Pierre Besnainou est, comme l’ensemble de ce secteur, frappée par la crise économique : « L’année 2009 va être difficile, je ne vous le cache pas !, confie Avi Zana. Mais notre force c’est notre souplesse. Alors s’il faut changer nos habitudes, nos méthodes, nos locaux et même notre personnel pour continuer notre mission, nous le ferons ». Pas question pour autant de toucher aux apports « fondamentaux » qui depuis sa création voilà quatre ans font le succès de l’association : accompagnement des futurs olim, oulpan "pré-alya" et aide à la recherche d’emplois. Par contre, les fameuses bourses et prêts AMI ne seront pas distribués cette année, car l’heure est au recentrage sur l’essentiel.La tempête que traverse actuellement le « navire amiral » de l’alya qu’est l’Agence Juive risque de déstabiliser tout le secteur. Contrairement à son homologue "Nefesh B’Nefesh" qui a remplacé la vénérable institution sioniste de l'alya sur le « marché » nord-américain, AMI a dès le départ choisi de travailler en étroite collaboration avec l'Agence Juive. Un partage des tâches dans lequel l’association apporte sa réactivité et sa capacité à se pencher sur les cas individuels. Mais ce partenariat est-il toujours viable si l’un des acteurs risque la paralysie en raison de difficultés budgétaires ? À cette question, on répond que le capital de légitimité et de prestige de l’alya qu’AMI revendique avoir insufflé dans la communauté juive de France devrait lui permettre de faire le "dos rond" et d’attendre des jours meilleurs…Reste que la récession mondiale pourrait paradoxalement donner un coup de pouce au départ pour Israël. Comparé aux autres économies libérales, l’économie israélienne semble en effet relativement saine. Entrée plus tard dans la crise, elle pourrait également en sortir plus tôt, au moins selon le futur Premier ministre Nétanyaou. Un élément qui, s’il ne suffit pas à justifier une installation en Israël, évite « l’effet repoussoir ». Mais la crise pourrait avoir des effets de détonateur sur une partie des Juifs de France. Ainsi ceux qui prévoyaient à terme de faire leur alya pourraient sauter le pas plus vite en cas de chômage ou de crise dans leur branche professionnelle. Certes, personne ne prend le premier avion pour Tel Aviv après avoir perdu son travail : l’alya est avant tout un long processus dans lequel entre en jeu de nombreux autres facteurs tels que la émouna, l'éducation des enfants, et ce, au-delà du simple problème de « parnassa ». Mais il ne fait pas de doute que chez certains Juifs qui envisageaient déjà le départ avant que la situation économique ne se détériore, la crise pourrait accélérer leur démarche et les propulser vers Israël en limitant les contrecoups de cette dépression internationale.